Association Inde au coeur

Quelques associations se créent autour de l'Inde et de la culture franco-indienne et je trouve cela encourageant. Couleur Indienne essayant d'être une passerelle entre ces deux pays chers mon identité et à mon coeur, je me dois de mettre en exergue ces associations qui proposent chacune leurs activités autour de l'Inde et expriment ainsi à leur manière leur amour de ce pays, c'est pourquoi cette rubrique voit le jour.
Pour commencer je voudrais vous parler d'une jolie association qui a été créee entre autres par mon cousin Ludovic Desjardins. Ce n'est cependant pas pour cette raison que je veux la mettre en avant mais parce qu'elle est fondée sur une idée originale et généreuse pour aider les jeunes pondichériens et ce qui est en plus très beau c'est que ce sont des jeunes franco-indiens qui tendent ainsi la main vers d'autres indiens...Laissez-moi donc vous présenter "Inde au coeur"<



Présentation de l'association

Association Inde au coeur

« Inde au cœur » est une association qui vise dans un premier temps à faciliter les conditions de scolarité des jeunes enfants de Pondichéry.
En effet, son but est de créer une passerelle interactive entre l'Inde et la France, en vue de réaliser des actions socio-humanitaires concrètes. Cette passerelle repose sur la fédération de personnes motivées pouvant être situées en France, en Inde et surtout désireuses d'agir ensemble pour l'Inde.

Sur place, il s'agira d'identifier les besoins. En France, il s'agira de se doter des moyens d'y répondre.

Dans cette optique, des relais se sont déjà rendus sur place afin de procéder à une étude de terrain, de recenser les besoins et de nouer des contacts avec des structures ayant de l'expérience dans le domaine socio-éducatif.

Par la suite, grâce à cette étude de terrain, l'association a souhaité apporter une aide directe aux écoles rencontrées, et plus spécifiquement à l'école « Little Flower » (située à Muthialpeth, village dans les alentours de Pondichéry), ainsi qu'aux différents établissements (orphelinat, centres de soins) avec lesquels ils souhaitent collaborer. Pour en savoir un peu plus, je vous propose de faire connaissance avec mon cousin Ludovic, l'initiateur et le président de cette très généreuse association, créee avec le coeur avant tout...

INTERVIEW DE LUDOVIC DESJARDINS, son créateur et président

Association Inde au coeur

1/ Bonjour Ludovic, peux-tu te présenter en quelques mots ?


Bonjour Fabienne ! Je m'appelle Ludovic. Je suis étudiant en psychologie, j'ai 22 ans, je suis d'origine indienne et je vis en France depuis tout petit. Avec des membres de ma famille et des amis, nous avons voulu organiser quelque chose pour les plus nécessiteux en Inde, et pour cela nous avons monté une association, "Inde au Cœur", qui a maintenant plus d'un an.

2/ Tu es français d'origine indienne, tes parents sont tous deux indiens. Même si tu es né en France, comme moi, tu as une culture indienne très présente dans ta famille. Tes parents parlent tamoul et français, ta grand-mère habite à Pondichéry.


Je pense que toi et moi, nous sommes pris entre deux cultures. Mais… comment se repérer? Est-ce qu'on est plutôt des « français d'origine indienne » ? Ou des « indiens vivant en France » ? Des « franco-indiens » ? Des « indo-français » ? Ce n'est pas toujours forcément évident de se situer entre ces deux cultures et encore moins d'en choisir une.
Mais je crois que, quoi qu'il en soit, c'est une chose fondamentale de ne pas oublier d'où l'on vient, d'où nos parents viennent, où nos grand-parents ont vécu… A mon sens, les racines sont fondamentales pour tout un chacun. C'est donc ce qui m'amène à dire que je me sens profondément indien.
Malgré tout, je crois qu'il y aura toujours… comme un manque. Un manque ou plutôt une sorte d'éloignement ne serait-ce que géographique par rapport à notre pays d'origine… Si les racines sont au cœur même de notre identité, si elles sont profondément inscrites en nous, ne serait-ce que physiquement, j'ai l'impression qu'il y a comme quelque chose qui fait que cette identité, elle n'est pas tout à fait entièrement et totalement indienne, qu'il y a quelque chose qui manque… Mais pourquoi ?
D'abord, cela doit simplement venir du fait que l'Inde est un pays immense, que par conséquent la culture indienne est riche, complexe et donc forcément toujours assez mystérieuse que l'on soit indien ou pas.
Mais je crois que cela vient surtout de notre vécu. Nous avons grandi ici. Il est donc évident que la culture française ; culture qui nous entoure depuis notre enfance, fait elle aussi partie intégrante de notre identité.
Tu évoques notre environnement familial, marqué par la culture indienne. Mais je crois que si nous baignons dans la culture française depuis les débuts de notre scolarisation, et plus généralement, depuis notre confrontation avec l'environnement social, cet environnement familial, quant à lui a tout de même était le premier à nous transmettre une culture française. Nos parents, nos frères et sœurs, ont eux aussi était influencé par la culture française. En effet, on peut se demander si nos parents nous auraient élevés vraiment de la même façon si nous étions en Inde ? Ne nous ont-ils pas également préparer à cette insertion dans le social, autrement dit dans la société française, ne serait-ce que par l'apprentissage de la langue ? Par ailleurs, il faut dire aussi que mes parents, comme les tiens, viennent de Pondichéry, qui est un ancien comptoir français, et dont le milieu et l'histoire sont aussi, certes dans une certaine mesure, aux prises avec la culture française…
Toutes ces raisons m'amènent à dire que j'ai l'impression que d'emblée, nous avons baigné dans une culture "métissée". Autrement dit, qu'aux fondements de notre identité, il y a ces deux cultures : la culture française et la culture indienne. Et personnellement, je dois dire que c'est très enrichissant.

3/ Tu es souvent allé en Inde, peux-tu me raconter tes réactions la première fois où as vraiment compris l'Inde ?


C'est troublant… La première chose qui me vient à l'esprit, et je pense ne pas être le seul dans ce cas, c'est la honte. Face à toutes ces personnes qui vivent dans la rue, face à ces enfants, on ne peut que se sentir petit d'être aussi chanceux. Alors que ce rapport à l'Inde, à notre culture d'origine, est un rapport médiatisé par notre environnement familial ; le premier contact direct avec ce pays peut vraiment être déstabilisant, que l'on soit indien ou pas d'ailleurs... En clair, si l'Inde a un coté envoûtant, attirant, coloré, épicé, le premier contact, est un peu un retour à la réalité parfois brutal.
Par exemple, les voyages pendant l'adolescence sont particulièrement marquants. Comme tous les adolescents, j'ai plus ou moins vécu ce qu'on peut appeler la « crise identitaire »... Et aller en Inde, à l'époque, c'était aussi justement avec l'idée et l'espoir de trouver un peu mieux ma place, ce qui est parfois tellement compliqué à l'adolescence. Donc, être en Inde fut à la fois un plaisir ; plaisir accompagné de ce sentiment « d'être enfin à sa place », mais en même temps on se sent étranger : on parle peu ou mal la langue pour certains et puis on a l'impression que de toute façon, même sans parler, les gens voient tout de suite que vous ne faîtes pas partie du décor.
C'est justement ce pourquoi, comme tu le dis très bien, je me sens double, ce qui implique aussi une certaine conciliation entre différentes facettes de notre identité.
Et c'est ce qui nous fais sentir constamment appelé par l'Inde : ce manque ; ce manque à combler dans notre identité d'indien, mais aussi ce manque à combler dans le fossé qui sépare les cultures indiennes et françaises que nous avons à concilier. C'est ce qui, nous rend un peu assoiffés face à cette Inde si envoûtante, ce qui, je pense, est plutôt une bonne chose, parce que ça nous amène à l'approcher plus en profondeur. Et finalement ce qu'on peut parfois ressentir comme un manque, je le prend pas comme quelque chose de négatif, mais je me dis plutôt que là où il y a peut-être un manque dans mon identité d'indien, il y a aussi d'autres choses, dont cette double identité que tu évoques, et ce désir qui nous accroche viscéralement à ce pays.

4/ Ludovic, qu’est-ce qui t’a donné l’idée de créer Inde au Cœur ? Quelles sont les étapes qui ont amené à la création de cette association ?

Association Inde au coeur

L'idée vient de mes cousines. Lors d'une réunion de famille, elles se sont rassemblées et ont commencé à avoir des idées, je n'ai fait que suivre le mouvement. Certaines d'entre elles ont vécu en Inde jusqu'à leur bac, puis sont venues en France pour continuer leurs études supérieures. Je pense qu'elles ont donc clairement du ressentir le décalage entre ces deux cultures auxquelles nous appartenons, pour être justement passés d'un pays à l'autre.
L'idée de base était donc de faire quelque chose pour les personnes nécessiteuses en Inde. Nous avons décidé de nous centrer sur Pondichéry, car c'est là que nous étions le plus susceptible d'avoir des contacts. Et nous avons également décidé de diriger notre action sur l'enfance et l'éducation. Nous voyons effectivement l'accès à l'éducation comme source d'espoir. Trop d'enfants en Inde travaillent et sont victimes de toutes sorte de choses : la pauvreté, l'insalubrité, l'absence de cellule familiale, d'un entourage, les abus sexuels, la prostitution pour ne citer que cela. Essayer modestement, autant que nous le pouvons, de leur faciliter l'accès à l'éducation et à de meilleurs conditions de vie est donc devenu notre objectif majeur.

5/ Présente nous cette association ? Pourquoi ce nom « Inde au cœur » ? Quels sont les objectifs de cette association ?


« Inde au Cœur » est donc une jeune association qui vise à faciliter les conditions de vie et de scolarité de jeunes enfants du sud de l'Inde. Elle a été créée en décembre 2003 et est domiciliée en région parisienne, à Jouy-le-Moutier dans le 95. L'Inde est donc au cœur de notre projet, et nous nous mobilisons, nous et nos efforts, avec l'Inde dans notre cœur, avec cette attirance pour ce pays et cette volonté de faire quelque chose pour ce pays dont nous sommes originaires ou pas, et donc pour tous ces enfants qui n'ont pas eu la même chance que nous.

6/ Quel est le mode de fonctionnement de ton association ? Comment vit-elle ? As-tu une équipe autour de toi ? Présentes-la nous : qui fait quoi ?

Association Inde au coeur

En fait, nous avons choisi en quelque sorte plusieurs axes, dont deux axes majeurs : le culturel et l'inter-associatif. Autrement dit, l'association fonctionne et vit grâce à l'organisation de manifestations, de concerts, de stands, d'expositions, à Paris, Bordeaux ou encore Lyon. Nous essayons aussi de participer à des événements inter-associatifs, c'est-à-dire à des événements étudiants par exemple, qui nous donnent l'occasion de connaître d'autres associations, et de faire connaître la nôtre dans le milieu associatif.

C'est pourquoi, nous avons un certain nombre d'équipes : une équipe comptable, une équipe informatique qui développe un site Internet, une équipe administrative qui s'occupe de tous les documents à tenir et de toutes les démarches à faire, une équipe qui est chargée de maintenir et de développer des contacts en France et en Inde, une équipe graphique, une équipe qui organise tous les types d'événements de l'association et enfin une équipe qui s'occupe de trouver des sources de financement, comme les subventions par exemple.

L'association a également un parrain : Djamal, chanteur du groupe « In vivo », qui est un groupe qui mélange musique occidentale et musique indienne. Ce groupe permet de promouvoir l'association, à travers des concerts et des stands par exemple. Nous avons aussi ce que nous avons appelé les « Relais » : ce sont des personnes qui partent sur place pour étudier les besoins, voir ce qui est possible de faire, comment et avec qui. Nous avons notamment envoyé une stagiaire en « Carrières sociales » l'année dernière qui est parti faire un stage sur place.


Nous nous sommes concentrés sur une école que nous voudrions aider plus particulièrement et qui s'appelle « Little Flower ». C'est une école primaire constituée d'environ 180 élèves et dirigée par un professeur à la retraite et son épouse. L'école est située à Muthialpeth, environ à 5 km de Pondichéry, et accueille des enfants de pêcheurs, de rickshawallas, etc. c'est-à-dire les plus nécessiteux de ses proches résidents, les élèves y sont issus des bas quartiers ou vivent dans des huttes. Les cours sont dispensés dans des sortes de huttes, les toits sont en tôle. Certains élèves sont assis à même le sol. L'un des objectifs du directeur est de construire des salles de classe. Actuellement deux salles de classes sont en construction. Le financement de cette école est en grande partie assuré par cet enseignant, qui se trouve actuellement en grande difficulté, et que nous aimerions aider le plus vite possible. Nous avons récolté une certaine somme qui pourra permettre aux travaux d'avancer, mais cela n'est pas encore suffisant. Nous envisageons actuellement d'organiser un système de parrainage pour aider à la fois l'école et les élèves plus directement.

8/ Quels sont les objectifs et les projets pour 2005 de l’association Inde au Cœur ?


Il s'agit essentiellement de continuer à soutenir l'école « Little Flower », notamment d'éventuellement finir les travaux, et organiser le parrainage des élèves si cela s'avère possible. Par ailleurs, nous avons récemment aussi fait une rencontre très intéressante et très enrichissante avec l'association « Enfants de tous pays ». C'est une association créée par deux éducateurs spécialisés et qui est notamment à l'origine de la création d'une maison d'accueil de type familial pour les enfants des rues au Népal. Un projet plus ou moins identique est en cours pour les enfants des rues à Pondichéry. Nous ne savons pas encore de quelle manière nous collaborerons avec cette association, c'est en cours… mais nous leur apportons toute notre aide et tout notre soutien.

9/ Inde au Cœur s’est aussi mobilisée lors de la récente catastrophe qu’a connu récemment l’Asie du Sud, je le sais. Peux-tu me dire à quel niveau et comment concrètement ? Que penses-tu de la décision de l’Inde de refu

Association Inde au coeur

Mon grand frère Dominique s'est récemment rendu sur place et nous a montré à quel point la situation y est complexe et délicate. D'ici, c'est très dur d'avoir un regard sur cette véritable catastrophe, et encore moins de faire quelque chose d'ici, d'aussi loin.
Ta question soulève une vraie problématique. L'élan de générosité auquel on a pu assister est vraiment formidable, et a pu aider beaucoup de monde face à une situation d'urgence. C'est vraiment louable. Maintenant, quand on voit la décision de l'Inde, ou encore celle de « Médecins du monde », ça pose question. Qu'est-ce qu'il y a derrière ces décisions ? Comment peut-on tenir une telle position alors que la situation d'urgence ne s'y prête pas du tout ? On a tous été sous le choc, les images sont très dures…
Je pense que l'élan de générosité est à maintenir dans le temps. Néanmoins, nous devons nous remettre du choc pour réfléchir plus en profondeur à la situation.
D'un coté, je trouve la décision de l'Inde assez honnête vis-à-vis des autres pays, des autres régions, parfois plus touchées, mais aussi parce que l'Inde, le pays des contrastes, a les moyens de financer le reconstruction, je pense. Maintenant, assurera t-elle cette position vis-à-vis de toutes les villes et villages indiens touchés, c'est une autre histoire…

Par rapport à notre action, en fait, nous, nous n'avons pas vraiment fait grand chose… Ayant recherché la meilleure façon pour nous de venir en aide à Pondichéry en recherchant une organisation active et digne de confiance ciblée sur Pondichéry, nous avons simplement fait un appel aux dons en direction de l' « Aumônerie tamoule indienne » qui s'est déjà montré efficace sur ce type d'opérations. L'aumônerie tamoule indienne rassemble toute la communauté tamoule et catholique en France, c'est-à-dire des indiens catholiques vivant en France et voulant faire quelque chose pour toutes les personnes victimes du désastre au Tamil Nadu...L'aumônerie récolte encore actuellement des fonds pour les envoyer directement à Pondichéry, et ceux-ci seront redistribués dans les diocèses du Tamil Nadu, qui à travers ses religieux et de laïques se sont souvent montrer en première ligne pour apporter aide et assistance aux déshérités.

Mais il faut préciser que, bien sur notre association n'a aucune orientation religieuse. Notre choix de soutenir l'aumônerie ne s'est pas fait en fonction de la religion, mais plutôt parce que nous voulions faire quelque chose pour Pondichéry plus précisément. Mais je pense que l'on ne peut pas penser une action dans un pays étranger en évinçant le paramètre religieux, quelque que soit la religion et le pays. Or, les religieuses par exemple, me semblent mener en Inde des actions vraiment plus adaptées, plus efficaces que nous sommes capables de le faire. Tout le monde peut penser à Mère Théresa par exemple…Je parle de cela car, sans faire de généralisation, les religieuses me paraissent vraiment souvent avoir une vision fine de l'action humanitaire et une connaissance du milieu qui leur permettent d'être véritablement efficaces. Il ne s'agit évidemment pas ici de nous centrer sur l'action religieuse, de faire du favoritisme en quelque sorte, mais de ne pas mettre de coté des acteurs sociaux, qui dans l'action humanitaire peuvent vraiment se révéler efficaces. Après comme pour tout, il y a un tri et un travail d'investigation à faire.

10/ Cette association culturelle, humanitaire et sociale tente donc d'établir une passerelle interactive entre la France et l'Inde. Comment penses- tu que l'on puisse mettre en relation ces deux pays si différents ?


Oui, en fait on a utilisé cette expression « passerelle interactive entre le France et l'Inde » au tout début de notre projet… Ce que je veux dire, c'est que au début, lorsqu'on se lance dans un projet de ce type, on n'a pas une vision bien claire de ce qu'on veut et peut faire, d'où cette expression que je trouve vraiment abstraite aujourd'hui. Je pense que dans notre action, il faut savoir être humble, mais surtout terre-à-terre. Malgré tout, cette nécessité d'être vraiment pragmatique, concret, n'empêche biens sur pas un premier temps d'élaboration, de réflexion, de pensée.
Je pense que dans cette expression, nous avons voulu lier ces deux pays, ces deux cultures qui nous habitent, mais aussi nous lier entre nous, car l'association regroupe Indiens, Français, etc.

Est-il possible de lier deux cultures si différentes ? Je ne sais pas. Car j'ai l'impression, d'être « trop occidental » pour saisir à quel point ces cultures sont difficiles à mettre en relation. Mais je crois vraiment que c'est possible, et personnellement, ça m'est même nécessaire, car j'ai besoin de lier ses deux aspects de ma personne. Et justement, l'action d'Inde au Cœur me le permet bien, puisque nous devons trouver une certaine harmonie entre des actions à faire là-bas, des actions à faire ici, des personnes de là-bas, des personnes d'ici, ou encore des façons de penser de là-bas et des façons de penser d'ici.

11/ Pondichéry est une région à part de l’Inde, encore proche de la France même si cette ville a tendance a de plus en plus s’indianiser. J’ai parfois l’impression que c’est l’Inde sans l’être complètement.


Je ne sais pas si ce que je vais dire peut vraiment se retrouver dans la pensée des gens qui vivent là-bas… Mais je ne trouve que ce n'est pas rien d'être une fenêtre sur la France, étant donné que cette relation entre Pondichéry et la France prend tout de même son origine dans le passé colonial. Quand je dis que ce n'est pas rien, je veux dire que ce passé colonial, cette première rencontre entre la France et Pondichéry, est un passé douloureux et donc pas toujours évident à traîner. Bien sur, il ne faut rester sur le passé, il faut aller de l'avant et être constructif, mais ça me semble aussi important de prendre les choses à leur origine. Ce passé colonial met d'emblée Pondichéry dans une position ambiguë par rapport à la France. Je dirais qu'il y a comme deux tendances opposées : un attachement à la France et une tendance à s'en éloigner du fait d'un passé douloureux. Mais le passé, il faut faire avec. Du fait de son histoire, Pondichéry a un certain rapport à la France. Comment ce rapport est vécu, et est-ce que ça se reflète : j'ai l'impression d'être assez mal placé pour en parler, car je ne connais que très peu d'autres régions de l'Inde, je ne peux donc pas vraiment comparer. Mais mon impression que cette proximité avec la France est assez bien vécue, même si elle s'estompe avec le temps. Certains enseignants français exercent à Pondichéry et m'ont l'air de s'y sentir plus que bien ; signe que le passé est loin…

12/ Penses-tu étendre les actions de l’Inde au cœur vers d’autres régions de l’Inde qui n’ont pas ce passé avec la France ? Penses-tu que ce sera plus difficile ?


Ce n'est pas prévu, du moins pour l'instant. Tout à l'heure, je disais qu'il fallait être terre-à-terre pour des projets de ce type. Je pense que nous avons assez de choses à faire sur la région de Pondichéry même. Nous y avons quelques contacts, et il y paraît plus facile d'en établir de nouveaux, du fait d'un certain nombre de choses que nous avons justement évoqués précédemment : ce rapport de Pondichéry à la France, cette identité double que nous avons en tant que français d'origine indienne, etc. Donc pour l'instant, nous comptons nous concentrer sur Pondichéry, et essayer d'atteindre nos objectifs, à savoir participer aux travaux de Little Flower et continuer modestement nos actions dans le domaine de l'enfance et de l'éducation à Pondichéry.

13/ Que t’apporte personnellement ton investissement dans l’association dont tu es le créateur et le président ? Que voudrais-tu dire aux gens qui seraient sceptiques face à ton action pour les convaincre ?


Personnellement, ma participation au sein d' « Inde au cœur », me permet en quelque sorte de me situer et de m'exprimer, en tant que « franco-indien » ou « indo-français », pris entre deux cultures. Ca me permet de cultiver mon rapport avec ce pays dont je suis originaire, donc ça m'est vraiment enrichissant voire nécessaire.
Mais surtout, l'association permet un rassemblement ; rassemblement convivial de personnes qui s'entendent bien et qui ont la volonté de faire quelque chose de bien. C'est vraiment très positif je trouve. Certes, l'activité associative suscite parfois quelques conflits, car ça doit être à la fois un travail collectif, mais qui doit se faire dans un climat qui permet à chacun d'avoir un certain plaisir à travailler, ce qui est pas forcément toujours évident à maintenir constamment. Mais justement, arriver à faire cela est très intéressant et met en jeu cette capacité à vivre et à travailler ensemble, en société en quelque sorte. Ce que je veux dire, c'est qu'il y a du lien social qui se crée : des gens qui n'ont parfois à priori pas énormément de points communs, essayent de s'entendre pour en sortir quelque chose de positif. Et c'est vraiment cela qui me motive personnellement.
Pour convaincre une personne sceptique, je ne dirais pas que nous sommes une grande association humanitaire qui a de grands projets, mais simplement un groupe de personnes qui essayent de se motiver pour faire quelque chose de bien, dans un bon esprit, modestement mais efficacement.

14/ J’ai entendu dire que tu étais un peu artiste, peux-tu expliquer aux lecteurs de Couleur Indienne quelles sont tes activités artistiques et dans quel domaine tu les exerces ? Qu’est-ce que ça t’apporte dans ta vie personnelle ?


J'ai été dans un groupe de musique, qui est passé par des styles musicaux différents, j'étais chanteur en quelque sorte, avec une voix plutôt « scandée » comme on dit, plutôt que véritablement chantée. On parlait justement de bonne entente dans le travail tout à l'heure, et là ça n'était pas le cas, si bien que plusieurs personnes sont parties, dont moi, et que cela s'est même répercuté sur l'association à une époque.

Pendant tout cette interview, on a parlé de conciliation ; conciliation entre deux pays, entre deux cultures, entre des individus. Mais je crois qu'il faut aussi savoir se rendre compte de ce qui n'est pas conciliable, et c'est ce que m'a montré cette expérience. Dans une association, comme dans un groupe, il faut toujours garder en tête l'objectif, mais la réalisation de cet objectif ne dépend que d'une chose : le lien. S'il n'est pas ou plus possible, la réalisation en pâtit. Vouloir concilier l'inconciliable peut faire souffrir. Entre culture française et culture indienne, il y a des divergences, parfois inconciliables, il faut savoir les réduire les faire coexister, dans la mesure où c'est possible, autrement dit : créer du lien.


Merci Ludovic d'avoir accepté de répondre à cet entretien.
Merci à toi Fabienne ! Ce fut un plaisir et très bonne continuation à Couleur indienne !

Jeudi 10 Mars 2005
Fabienne-Shanti DESJARDINS

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