Des livres pour l'été

Pour cet été, voici une sélection de livres autour de l'Inde que j'aimerais vous proposer.
D'abord je vous invite à lire ce livre qui vient de paraître et dont on parle beaucoup, "Sentiment Indien" écrit par Dominique Fernandez que je voudrais mettre en perspective avec deux autres oeuvres sur l'Inde, "L'Odeur de l'Inde" de Pasolini que le livre de Fernandez prend comme point de départ et référence, pour mieux s'en écarter, et le très beau roman de Rabindranath Tagore, "La Maison et le Monde" qui est lui évoqué dans Sentiment Indien et que je vous pousse aussi grandement à lire ou relire si vous l'avez déjà fait.

Bonne lecture.



Sentiment Indien (Dominique Fernandez)

Des livres pour l'été
Un éditeur de New Delhi demanda à Dominique Fernandez, lors de son dernier séjour en Inde, de relire L'Odore dell-India, écrit il y a un demi-siècle par Pasolini, livre célèbre là-bas. L'idée première de Sentiment indien a donc été de confronter deux expériences et de voir ce qui a changé ou est resté immobile. Mais au-delà de cette comparaison, le texte de Dominique Fernandez s'est transformé en interrogation sur les problèmes qui l'intéressent particulièrement : moeurs conjugales, statut des castrats et des homosexuels, différence entre la conception indienne de la littérature et la conception occidentale, caractères du cinéma indien, merveilles de l'art moghol, splendeurs du baroque portugais, philosophie étrange de la route, douceur, misère et violence quotidienne. Le livre est divisé en chapitres qui explorent tour à tour un de ces thèmes, sur le ton de la flânerie libre, sans prétendre constituer ni un guide ni une explication de cet immense pays. On y passe par Delhi, le Rajasthan, Bénarès, Calcutta, Bombay, Goa, au fil des impressions recueillies au jour le jour par un voyageur qui n'a pas d'autre vocation à parler de l'Inde que le fait d'en être tombé amoureux.

Ne vous méprenez pas, alors ce livre n'est pas un guide, mais bien un recueil d'impressions sur le pays. Dominique Fernandez écrivain et journaliste a accompli avec talent la mission que lui avait confié un grand éditeur de Delhi : raconter ses impressions indiennes en les mettant en perspective avec le témoignage de Pier Paolo Pasolini, suite à sa découverte de l'Inde en 1961. Sentiment indien est un carnet de sensations vécues au cours des deux voyages de Fernandez en Inde, en 1985 et en 2004. Ce que j'aime dans ce livre c'est qu'il n'y a pas de préjugés ni de clichés mais une réelle ouverture d'esprit avec une écoute de l'autre et un regard très attentif sur l'Inde chez cet érudit qui quitte vite les parcours guidés conventionnels pour découvrir au gré du voyage des trésors cachés. De Bombay à Goa en passant par Benares, Delhi et Bangalore, les images, les rencontres et les pensées défilent sans qu'il y ait un ordre apparent, comme pour mieux nous immerger dans cette foule dense et calme qui continue son chemin sans jamais se rebeller face à l'adversité : le peuple indien.


L'odeur de l'Inde, de Pasolini

Des livres pour l'été
Pasolini écrit« Ce sont les premières heures de ma présence en Inde, et je ne sais pas dominer la bête assoiffée, en moi emprisonnée, comme en cage. Je persuade Moravia de faire du moins quelques pas près de l'hôtel et de respirer quelques bouffées de cet air, d'une première nuit en Inde... » En 1961, il fit un voyage avec Alberto Moravia et Elsa Morante. Le livre intensément lyrique qu'il en rapporta n'est pas vraiment un récit, mais une « odeur » respirée au cours de ses errances nocturnes. Les visions de l'extrême misère, les spectacles d'une étrange spiritualité sont pour lui comme autant d'étapes d'une descente au sein d'une humanité primitive, moins éloignée qu'on ne pourrait le croire du décor des Ragazzi ou d'Une vie violente.
Ce livre, ce sont des impressions de voyage. Des errances, des visites et des rencontres, dans l'Inde du début des années 1960, partagée comme aujourd'hui, entre la misère et la spiritualité. Compagnons de voyages: Alberto Moravio et Elsa Morante. Le cinéaste-journaliste-écrivain a su mettre à profit ses premiers contacts avec l'Inde: quand les choses, riches de questions et de puissance expressive, le "frappaient encore avec une violence inouïe" (cf. p. 105).
Malgré tout, Pasolini est passé à côté de plein de choses en Inde, a une vision très dure et critique sur la littérature indienne et Tagore notamment...Peut-être y était-il allé avec un idéalisme trop grand ou souffrait-il sans le savoir du "syndrome de l'Inde"...L'écrivain montre sa vision, veut nous faire partager l'odeur qu'il a senti en Inde, mais peut-être est-ce un peu daté, je ne sais pas, je ne peux me prononcer mais on sort ému du lyrisme et du style de l'auteur, de ces descriptions...Ensuite il faut vite lire Sentiment Indien, dont je vous parle plus haut et qui remet ce livre en perspective, corrige les visions trop manichéennes ou simplistes de Pasolini, confronte deux points de vue qui ont en commun un profond amour de l'Inde.

La Maison et le Monde, Rabindrah Tagore

"Là où l'esprit est sans crainte et où l'on garde la tête haute ;
Où le savoir est libre ;
Où le monde n'est pas morcelé par des barrières mesquines ;
Où les paroles surgissent des profondeurs de la vérité ;
Où l'effort incessant tend les bras vers la perfection ;
Où le flot limpide de la raison n'est pas allé se perdre dans les sables stériles des vieilles habitudes ;
Où l'esprit est guidé par Toi vers des actes et des pensées toujours plus élevés ;

Dans ce paradis de liberté, mon Père, fais que s'éveille mon peuple."

Prière de Tagore.
J'ai mis cette prière de Tagore en exergue à cet article car c'est un texte que j'aime comme le roman dont j'aimerais vous parler : La Maison et le Monde.

Publié pour la première fois en 1915, ce beau roman de Rabindranath Tagore, prix Nobel de littérature, a pour cadre le Bengale du début du 20ème siècle où sévissent de graves troubles.
En toile de fond, le Bengale au début du XXème siècle et les prémices de l´indépendance. Bimala, épouse du Maharaja Nikhil, se voit affranchie des traditions par un mari progressiste. Sortant timidement du Gynécée, elle s´engage dans la lutte politique, aidée en cela par le charismatique Sandip dont elle tombe amoureuse. Un récit à trois voix qui nous parle au-delà de l´Inde, de l´Homme, de Nous.
Ce livre, où se heurtent la tradition et la modernité, est aujourd'hui encore étonnamment moderne, au point d'avoir inspiré au grand cinéaste indien Satyajit Ray l'un de ses plus grands films, La Maison et le Monde.
J'ai adoré ce livre, non seulement à cause de l'histoire, du portrait magnifique de cette femme, mais aussi pour le style lyrique, l'écriture caractéristique de Rabindrah Tagore...
Un livre qui est évoqué aussi dans "Sentiment Indien" et que je vous conseille vivement de lire et relire si vous ne l'avez pas fait.

Jeudi 28 Juillet 2005
Fabienne-Shanti DESJARDINS

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