Interview de Philippe BICHON, globecroqueur

Cela fait un certain temps (plus d'un an maintenant) que les abonnés fidèles de Couleur Indienne que vous êtes, découvrent à chaque numéro, un extrait des carnets de voyage de Phil sur l'Inde. L'année dernière les numéros de votre webzine préféré étaient rythmés par les pages de son merveilleux calendrier sur le Rajasthan. Pour sa contribution à vous faire découvrir ce pays et à nous faire partager son amour pour lui, et pour le remercier de tout ce qu'il a apporté à Couleur Indienne en me laissant vous proposer quelques pages de ses carnets, j'ai décidé de le mettre en avant plus directement, il le mérite. En effet, je me suis dite que vous seriez sans doute heureux de mieux connaître ce globecroqueur, comme il se définit lui-même, par le biais d'une interview. Il a gentiment accepté. Merci à lui pour cela et encore pour tout.



Phil, pourrais-tu en quelques mots, te présenter aux lecteurs de Couleur Indienne ?


J’ai tout juste 40 ans et je vis à Pau dans les Pyrénées Atlantiques. Je suis collaborateur d’architecte. J’ai deux passions : le voyage et la musique.

2/Tu es un grand voyageur et tu te définis comme un globe-croqueur, peux-tu expliquer ?

Interview de Philippe BICHON, globecroqueur

J’ai toujours du mal à me définir comme un « grand voyageur » car je ne pars jamais très longtemps. Je suis limité par mes 3 petites semaines de congés pour l’instant. J’aime bien par contre le mot « globecroqueur » qui résume bien le voyage et le croquis.

3/Quelle est ta conception du voyage ? Qu’est-ce que ça représente pour toi ?


J’aime partir à la découverte d’une culture différente, rencontrer des gens, découvrir des sites extraordinaires (archéologiques ou naturels), le plus simplement possible et en partageant des moments avec des gens qui ont tellement à nous apprendre. J’essaie de m’intégrer à la population, et le comble de l’intégration fut lorsque je me suis retrouvé engagé « chamelier stagiaire » tirant à la corde trois dromadaires montés par des touristes dans une oasis sud tunisienne !

Le voyage est très important pour moi. J’aime voyager seul car cela encourage la rencontre, l’échange. Les gens viennent naturellement vers vous et vous allez naturellement vers les autres. Voyager seul est totalement différent !

4/Est-ce que tes périples doivent toujours faire l’objet d’un carnet de voyages ?


Maintenant, oui ! Et je regrette de ne pas avoir fait de carnets sur mes premiers voyages… Lors du dernier voyage en Birmanie, j’ai confié mes cahiers à un petit relieur de la capitale le dernier soir et je me suis retrouvé « tout nu » sans mon carnet, ne pouvant plus y glisser mes impressions, croquer ou recueillir des témoignages. Il me manquait vraiment quelque chose ! J’ai ressenti alors à quel point le carnet était important pour moi.

5/ Comment t'es venue l'idée de faire des carnets de voyages ? Pourquoi faire un carnet de voyage et l’illustrer comme tu le fais ?


C’est lors du premier voyage où je suis parti seul que j’ai eu l’idée de tenir un carnet, ne sachant pas très bien de quoi il se remplirait. Et puis, jour après jour, les pages se remplirent naturellement de mon récit. L’envie de coucher sur le papier ce que je vivais devenait une évidence. Puis les croquis, les témoignages des gens rencontrés écrivant de leur main et dans leur langue. J’aime la calligraphie et les alphabets différents ! Le carnet permet de se replonger dans le voyage et surtout de le partager.

6/De tous les pays que tu as visité et croqué, quel est celui qui t’a le plus marqué si ce n’est pas l’Inde ? Pourquoi ?


J’ai du mal à dire que j’ai préféré un pays à un autre. Chacun a son intérêt et chacun me réserva des moments extraordinaires. Mais bon, on va dire… l’Inde ! (sourire)

7/Comment as-tu rencontré l’Inde ? Est-ce un pays qui t’a toujours intéressé ?


En fait, ma première rencontre avec l’Inde fut à l’Ile Maurice à l’occasion du mariage de mon frère avec Mantee (indienne). Loin du cliché hôtel-plage, j’ai vécu un mois au cœur de l’île dans la belle-famille, mangeant le curry avec les doigts… Le mariage traditionnel et mes premiers saris !

8/ Qu'est-ce qui t’attiré dans ce pays ? Pourquoi avoir opté pour cette destination ?


L’Inde occupe une place particulière dans l’imaginaire des voyageurs. On dit souvent que l’Inde est un pays à part, pas toujours facile d’accès. Ou on la déteste, ou on l’adore ! L’Inde est d’une richesse et d’une diversité incroyables, tant au niveau de la culture, des sites, des paysages, des religions… J’ai attendu d’avoir voyagé un peu avant d’y aller.

9/ Quels souvenirs et quelles impressions gardes-tu de l'Inde ?

Interview de Philippe BICHON, globecroqueur

Je garde une impression très positive de mes deux voyages en Inde, ce qui tranche avec la plupart des récits que j’ai pu lire. La plupart des gens, lorsqu’ils évoquent l’Inde, vous parlent misère et pauvreté… et bien moi, je retiens la richesse ! Non pas matérielle, mais la richesse de cœur.

10/ Si tu devais résumer en quelques mots ta rencontre avec la culture et la population indienne, que dirais-tu ?

Interview de Philippe BICHON, globecroqueur

Ouf ! Cela va être dur à résumer… il faut lire mes carnets ! (rires). La culture indienne est vraiment trop complexe et je n’ai pas essayé de comprendre. Je me suis laissé porter au gré du voyage. J’ai trouvé les Indiens agréables, souriants, ouverts. Evidemment, je parle des gens rencontrés dans la rue, les trains, les bus… Le problème est que beaucoup de voyageurs ne côtoient souvent que les Indiens gravitant autour du tourisme, et là, ce n’est pas le même chose…

Aller boire son chaï, discuter avec les chaï-wallah en utilisant le peu d’hindi que je connaisse, c’est autre chose que de déjeuner à l’hôtel avec d’autres voyageurs. Combien de fois m’a-t-on invité à partager une gamelle ! (jaïn, sikh, bouddhiste… tiens, pas hindoue… il faut que j’y retourne !)

11/Est-ce que tu prends des photos aussi ? Qu’est-ce que le dessin t’a apporté de plus que la photo en Inde?


Oui, je prends aussi des photos… beaucoup d’ailleurs ! Ne pouvant pas tout dessiner… Et puis, avec le numérique, c’est un autre échange qui se crée : les gens aiment vraiment se voir sur l’écran ! En Inde, c’est un régal pour la photo. Une sélection de mes photos indiennes m’a d’ailleurs valu le 3e prix d’un concours photo à la FNAC de Pau… Je compte en ajouter sur mon site prochainement, mais ça va être dur de faire un choix !

12/ Comment as-tu procédé pour la réalisation de tes dessins sur les carnets Indiens ? Tu dessinais sur le vif ou d'après souvenir ?

Interview de Philippe BICHON, globecroqueur

Tous mes dessins sont faits sur l’instant, sur place. J’essaie de reproduire au mieux et selon ma sensibilité ce que j’ai en face de moi. Dessiner demande du temps, c’est un investissement. En voyage, on est souvent pressés, on veut tout voir, trop vite… c’est là l’intérêt majeur du dessin. Il impose de prendre le temps et le temps, dans ces pays, c’est la clef ! Je m’assois pour dessiner et très vite les rencontres se succèdent, les gens viennent voir, m’offre le chaï, regardent les cahiers, s’amusent à lire les messages en hindi, me les traduisent… c’est un véritable passeport ! Juste un exemple parmi tant d’autres : j’étais en train de dessiner une jolie maison bleue à Jodhpur et une jeune fille à la fenêtre me gratifie d’un joli sourire, puis me lance naturellement un « Come in my house ! ». Une fois la porte franchie, toute la famille m’accueille et m’offre chaï et gâteaux ! Nous avons discuté des heures et Garima m’a dessiné un petit Ganesha sur mon carnet…

13/ Quelle technique as-tu utilisé ?


Tous mes croquis sont faits au stylo feutre noir, la même pointe fine avec laquelle j’écris le récit, après une rapide esquisse au crayon. L’Inde marquera à jamais l’apparition de la couleur. Je faisais comme un blocage dans mes précédents carnets qui sont tous en Noir et Blanc, (comme l’Egypte et Petra qui a été publié…) Partant au Rajasthan, je me suis dit qu’il fallait mettre de la couleur. L’Inde est une telle explosion de couleurs ! Pour un premier essai, les crayons-aquarelle m’ont semblé convenir. Je n’en avais jamais fait auparavant – je ne dessine pas non plus en-dehors des voyages – et on sent la progression tout au long du carnet. Depuis mon second voyage en Inde, j’utilise des godets d’aquarelle et ce n’est jamais un problème pour trouver de l’eau, car on a toujours une bouteille sur soi. Et s’il faut se mettre en quête d’un récipient, c’est encore l’occasion de rencontres insolites !

Je laisse aussi dessiner les gens dans mon carnet. C’est une œuvre collective comme cette fois où je me suis fait croqué par des étudiants des Beaux-Arts dans le train pour Varanasi…

14/Comment te sont venus les textes ? Au niveau de ton travail d’écriture, comment procèdes-tu ? Prends-tu beaucoup de notes au moment de la visite ou le soir dans ta chambre d’hôtel ?


Les textes me viennent naturellement. Il s’agit du récit de mon quotidien, ce que je fais, ce que je vois… je ne cache rien de mon voyage ! La plupart du texte est écrit le soir avant de dormir ou bien en attendant le train, le bus, le plat au resto… Le soir, j’ai souvent envie de m’écrouler après mes journées bien remplies, mais je sais que si je n’écris pas, le retard s’accumule ! Alors, je revis ma journée en la couchant sur le papier et les nuits sont courtes ! Ce qui étonne les gens, c’est que tout est d’un premier jet, bien écrit et sans ratures… mais pas sans faute, je te rassure ! Ce n’est pas un style littéraire, mais on me dit que c’est justement ce qui fait l’intérêt de mes carnets… le brut de voyage !

15/Quels conseils donnerais-tu à un jeune illustrateur ou écrivain qui réaliserait son premier carnet de voyage ?


Hum, à chacun de trouver ce qui lui correspond le mieux. Il y a ceux qui ne font que dessiner, d’autre qu’écrire… Ce que je fais relève un peu de la performance : remplir tant de pages en trois semaines, il faut être seul pour pouvoir le faire ! Le meilleur conseil que je pourrais lui donner, c’est de réaliser son carnet sur place afin qu’il s’imprègne au mieux de son voyage…

16/ Quel est l’endroit en Inde qui t’a le plus marqué ? Celui que tu as préféré ?


Plutôt que d’évoquer comme souvent Varanasi, la mythique Bénarès, je parlerai plutôt de mon véritable coup de cœur : Ranakpur. L’un des plus beaux sites que j’ai vu à ce jour et loger 2 nuits dans cette cellule spartiate de moine fut un véritable bonheur !

17/ Y a-t-il des choses qui t’ont choquées, paru incompréhensibles ?


Je me rappelle en sortant du cinéma à Jaïpur, après 3 heures passées dans le Bombay ultra moderne de Dhoom 1, l’impression de revenir dans un autre monde en découvrant ces corps allongés à même le sol, au bord de la route… ces rickshaw-wallahs dormant sous ou dans leur véhicule, leur gagne-pain quotidien ! La ferveur religieuse omniprésente m’a aussi impressionné tout au long du voyage…

18/ A ton avis pourquoi l’Inde fascine-t-elle tant les occidentaux ?


A mon avis, l’Inde a de multiples raisons de nous fasciner. C’est un tel dépaysement par rapport à la France ! Tout y est fascinant : la diversité des Indiens, les couleurs, les sites incroyables, la ferveur omniprésente, les odeurs, la musique, l’art… tout !

19/Penses-tu qu’il y a une Couleur Indienne ? Si oui quelle est-elle selon toi et pourquoi ?


Je ne pense pas à une couleur particulière, mais ce qui est sûr, c’est que la couleur est indissociable de l’Inde ; c’est un feu d’artifice permanent !

20/Sais-tu sur quoi va porter le prochain carnet ?


Les prochains carnets qui devraient être publiés seront la Birmanie, mon dernier voyage, et le Mali, qui date de 2003. Mais que les amoureux de l’Inde se rassurent, il y aura d’autres aventures indiennes, je l’espère !

21/Comment en es-tu venu à publier tes carnets et calendriers ?


J’ai eu l’idée de faire un calendrier pour offrir à ma famille et à mes amis à Noël 2003, imprimé à la maison. Muriel, ma compagne, ayant créé sa maison d’édition et devant l’intérêt suscité par mes calendriers, nous avons décidé de publier un nouveau calendrier avec des croquis de 9 pays pour l’année suivante. Je me suis alors retrouvé sur les salons, présentant mes carnets originaux pour expliquer d’où venaient les dessins. Là, plusieurs personnes m’ont dit : « Pourquoi ne publiez-vous pas vos carnets ? ». Nous y avons réfléchi et c’est comme ça qu’est né le premier carnet « Brut de Voyage » sur l’Egypte et une escapade à Petra ! Il était évident que la publication devait être au plus près de l’original et nous sommes plutôt satisfaits du résultat. L’accueil du public a été favorable et une petite collection est née… Le public apprécie la spontanéité du récit et des illustrations, mes carnets « bruts de voyage » détonnent un peu des autres publications de ce genre.

22/Quelle est ton actualité ?


Cette année 2007 est vraiment une bonne année pour moi ! L’Inde étant à l’honneur dans de nombreuses manifestations à cause des soixante ans de l’Indépendance, je suis invité dans de nombreux festivals et salons où j’expose mes carnets. Je commence aussi à animer des ateliers pour tous publics, voyageant – pour changer – partout en France !

23/Où peut-on se procurer tes carnets ?


Nous n’avons pas de diffuseur et sommes peu distribués dans les librairies, mais j’invite les gens intéressés à se rendre sur mon site Globecroqueur www.globecroqueur.com/ pour en apprendre un peu plus sur mes carnets et sur moi-même ! Les commandes se font auprès de BleueEditions www.bleueditions.net/.
Nous offrons les frais de port et je dessine sur demande une dédicace personnalisée !

Interview de Philippe BICHON, globecroqueur
C'est vrai j'en témoigne les Carnets de Phil sont magnifiques, et un plaisir de lecture et de découverte. Bravo et merci à toi pour la spontanéité et l'authenticité des émotions et des merveilleux croquis que tu proposes dans tes carnets et bravo aussi à Muriel pour son très beau travail autour de tes carnets. N'hésitez pas à visiter le site que vous trouverez en lien si vous cliquez sur le Carnet de Phil sur la page d'accueil de Couleur Indienne pour découvrir tous les autres carnets de Phil...et pour vous en commander.


Samedi 21 Juillet 2007
Fabienne-Shanti DESJARDINS


1.Posté par Fabricia le 21/08/2007 14:41
Bonjour Jasmine,
Je suis heureuse de partager de solides liens d'amitié avec notre ami commun Phil, dont la gentillesse et le talent sont appréciés de nombreux autres fidèles de ses superbes Carnets de route...

Amical salut d'une VForumiste,
Fabricia.

2.Posté par hakodate le 21/08/2007 16:53
merci, pour la lecture de ce question- réponse, pau est une belle ville que j'ai découverte en avril 2006, ce n'est pas un carnet de voyage que j'y ai rapporté, mais une chatte qui me comble, par sa douceur; et mon fils y habite, mais ne voyage pas; j'aime voyager, mais j'ai fais l'inde , le népal, le pakistan en 1997, qui se complètent par leur diversités; cette lecture, m'a procuré beaucoup de plaisir, tout comme le site couleurs indiennes; je ne manquerai pas d'aller sur le site de philippe et surtout de le recommander.

3.Posté par Nadia Rustom le 07/05/2008 17:41
bonjour, la médiathèque organise une manifestation autour du carnet de voyage en octobre 2008. J'aimerais vous envoyer un courrier. Pouvez-vousme donner votre e-mail et votre adresse postale? Merci, Nadia Rustom, médiathèque de Kingersheim. 03 89 66 01 82

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