L'architecture de Pondichéry et sa préservation

Souvenir de Pondichéry

Le bruit des vagues sur le cours Chabrol
Et la statue de Gandhi qui domine la mer
La blancheur des maisons
Et nos ballades, et nos errances…
Couleurs indiennes dans ma mémoire
Cette Inde là qui colle à ma peau
Me voile les épaules
Comme un sari indien flamboyant
Flottant comme un jour
Qui se lève sous le vent en France
Eclairé par un soleil d'Asie
Tandis que se fracassent
Les mots encens tels des vagues
Sur les rochers de ma mémoire...
D'une Inde presqu'inconnue
D'une Inde où je n'ai pas vécu
mais d'une Inde chérie...
Pondichéry.


Pondichéry (actuellement baptisée « Puducheri » son ancienne appellation) est la ville du Tamil Nadu dont ma famille est originaire. C’est l’Inde sans l’être tout à fait complètement. En effet, cet ancien comptoir français a vécu des mutations importantes au cours des cinquante dernières années, à savoir depuis son indépendance (plus tardive que le reste de l’Inde puisqu’elle date de 1951). Si l’ image de Pondichéry fait encore rêver quoiqu'avec nostalgie et exotisme, la ville est confrontée à la modernité et une part de son identité si particulière semble fragilisée, même si elle garde toujours quelques vestiges de son long passé - qui sont des témoignages qu’il est urgent de préserver, je pense. C’est ce paradoxe entre une modernité qui s’affiche et la permanence des rites et des habitudes culturelles qui constitue une partie du problème d’une cité comme Pondichéry mais aussi du reste de l’Inde, pays devenu à la mode en Occident et vers qui les yeux de ces mes mêmes grandes puissances sont dorénavant tournés pour un avenir économique plus prospère…

Justement l’émergence d’une classe sociale plus aisée a transformé de manière notable l’aspect de la ville, je l’ai vraiment remarqué quand j'y suis allée en 2006… L’arrivée des voitures et d’autres moyens modernes de transport est un des signes de la modernisation de la cité, ansi que l'installation de nouvelles entreprises françaises, de restaurants français etc... Pondichéry bouge. Cette modernité se lit également dans les transformations et les évolutions en matière d’architecture qui s’adaptent constamment à des modes de vie en mouvement !



Une architecture pluri-culturelle

L'architecture de Pondichéry et sa préservation

Pondichéry est une ville qui a gardé l’empreinte des deux cultures : la culture tamoule et la culture française. Cette coexistence se traduit dans la structure même de la ville, dont la partie Est, le « Quartier Français ou Quartier Blanc», est peuplée de maisons au style colonial – avec cours intérieures ceintes de murs, à l’instar des anciens hôtels particuliers français. Le côté Ouest, le « Quartier Tamoul (la maison de mes parents en fait partie), est représenté par ses habitations comprenant sur la rue une véranda et une succession de cours intérieures. Cette diversité confère à la ville une particularité qui fait lui donne toute son originalité et ce cachet unique en Inde.

Ainsi Pondichéry est caractérisée par un plan de ville régulier, dit en « échiquier ». Les rues sont toutes tracées en parallèles et perpendiculaires : les unes orientées Nord-Sud, les autres Est-Ouest. Les façades sur la rue dans le quartier français se caractérisent par des constructions continues avec de hauts murs abritant des jardins et des portails imposants. Les rues du quartier tamoul se caractérisent par des caractéristiques tels que les « thinnais » et les « thalvarams ». On appelle les rues où ses habitations se dressent, « rues de la conversation » à cause de leur dimension réduite et de leurs fonction de communication.

Les édifices monumentaux ne sont pas nombreux à Pondichéry, en fait, l’essentiel du patrimoine consiste en bâtiments résidentiels. Malgré cela, ils ont un charme particulier qui agit sur les visiteurs.

Le raison en est les centaines de maisons ordinaires bâties dans le style traditionnel, soit dans le quartier français ou tamoul qui donnent à cette ville un charme à part. Elles apportent un caractère particulier aux rues qui façonnent la ville. Dans le quartier français, ce sont les villas ordonnées avec leur fenêtrage simple, les corniches, les pilastres, les balcons et les portails élaborés, qui définissent son ton et son ambiance. En revanche, le quartier tamoul acquiert sa particularité par ses rangées de colonnes des vérandas qui se continuent tout au long de la rue. L’essentiel de tous les styles d’architecture locale se trouve dans les éléments et les langages communs qui se répètent avec des nuances particulières. Toutes les maisons sont similaires mais aucune n’est pareille à l’autre. Là réside la beauté de l’ensemble. Ces maisons massives ont en plus l’avantage d’être adaptées aux conditions climatiques et sociales.

Les variations entre les deux styles se retrouvent dans de nombreux bâtiments et particulièrement dans les maisons tamoules à deux étages... Le rez-de-chaussée est en général de type tamoul avec un «thinnai», un «thalvaram», une cour à piliers et des portes de bois sculptées, alors que le premier étage montre l'influence française par ses pilastres cannelés, ses colonnes à chapiteaux, ses fenêtres voûtées et ses décorations en stuc.

L'influence française

L'architecture de Pondichéry et sa préservation

Les Français s’établirent pour la première fois à Pondichéry en 1674. Bien que tombée une fois sous la domination hollandaise et trois fois sous celle des Anglais, ce fut pendant 242 ans une colonie française jusqu’à ce qu’elle devienne membre de l’Inde indépendante en 1954.

En flânant aujourd’hui au hasard des rues, de nombreux bâtiments et autres signes témoignent de la présence française : un monument aux morts élevé en 1937 à la mémoire des soldats de la guerre 14-18, sur l’Avenue Goubert, des statues érigées à la mémoire d’illustres personnages français tels que le gouverneur Joseph-François Dupleix et Jeanne d’Arc, des policiers portant le traditionnel képi rouge des cipayes français… On trouve aussi les armoiries de la République Française sur d’anciens bâtiments administratifs comme sur le Bâtiment des Travaux Publics, des noms de rues inscrits en lettres blanches sur des plaques émaillées sur fond bleu, en français et en tamoul, pour attester d’un passé commun. De grandes institutions abritées dans des lieux d’exception sont également là pour rappeler la volonté réciproque de conserver des liens très étroits (Ecole Française d’Extrême Orient, Foyer du Soldat…). Et bien sûr, le visiteur peut toujours prendre part à une bonne partie de pétanque.

La plupart des maisons françaises ont été construites d'après des plans similaires avec peu de variations et des façades donnant partiellement ou totalement sur la rue. Les murs d'enceinte du jardin protègent des cours intérieures privées sur lesquelles s'ouvre le reste des volumes du bâtiment.

L'intérieur du bâtiment est généralement plus décoré que l'extérieur. Le style est marqué par des hauts plafonds, des portes et des fenêtres hautes cintrées et dans le cas de maisons à deux étages, par des escaliers voûtés en spirale. Souvent les lamelles des stores sont faites de matériaux légers, bois ou métal.

Les façades donnant sur les rues françaises sont caractérisées par la continuité de la construction entrecoupée de hauts murs de jardin et de portes ouvragées.

Les façades sont divisées en panneaux plus petits par des pilastres verticaux et des corniches horizontales, encadrant des fenêtres rectilignes ou de plein cintre avec bandages et volets à jalousies de bois. Des balcons de bois sur corbeaux métalliques, des parapets continus décorés très simplement se rencontrent souvent.

L'influence tamoule


L’architecture tamoule a elle aussi ses caractéristiques : une véranda sur la rue avec des tuiles de Mangalore sur des poteaux de bois et une véranda similaire à l’intérieur (thalvaram), un niveau surélevé avec des colonnes en bois (thinnai), une cour intérieure (mutram), une cour arrière.

En effet, dans le quartier tamoul , comme je le disais ci-dessus, les rues sont caractérisées par les «thinnais» (sorte d'espace semi-public) et les «thalvarams» (véranda intérieure avec un appentis sur des colonnes de bois). On les appelle les «rues qui parlent» à cause de leur atmosphère familière et accueillante.

Les façades extérieures présentent un «thalvaram», sorte d'extension publique de la maison offrant un abri aux piétons, ainsi qu'un «thinnai»avec des bancs en maçonnerie pour les visiteurs et les pèlerins. Ces «rues qui parlent», appelées ainsi à cause de leur atmosphère intime et de leur caractère accueillant, sont typiques de l'architecture tamoule traditionnelle. La rue sur toute sa longueur est rendue homogène par un enchaînement d'éléments juxtaposés qui définit l'horizon : appentis, corniches horizontales, pilastres et colonnes engagés ornés de parapets.

Dans la structure intime de la ville tamoule, on peut observer les formes intéressantes que prend la construction allant, des modestes maisons de campagne à un étage et couverte de tuiles, aux imposantes maisons à deux étages marquées d'une forte empreinte coloniale. Le «thinnai» marque l'espace de transition après lequel on pénètre dans la maison en passant par une porte de bois finement sculptée. A l'intérieur, le «mutram» (cour intérieure à colonnes) devient l'espace familial autour duquel s'organisent fonctionnellement les divers autres espaces.

Un patrimoine architectural en péril qu'il faut préserver


Sur le plan patrimonial, à Pondichéry, un constat est dressé : en 1994, Pondichéry avait recensé 1 807 bâtiments faisant partie d’un patrimoine à préserver. Ils ne sont plus que 1 197 aujourd’hui, et nombreux sont ceux qui vont disparaître. Des projections prédisent que, si le rythme de démolition actuel se poursuivait, il ne resterait plus que 700 bâtiments en 2008 et 150 en 2015. Le changement de mode de vie, la spéculation sur les prix des terrains, le morcellement de la propriété ou encore le manque d’entretien, sont autant de facteurs conduisant à cet état de fait. L’on assiste aujourd’hui au développement hâtif et quelque peu anarchique de nouvelles constructions modernes qui rompent une certaine harmonie du paysage urbain.

Les transformations et changements qui ont lieu aujourd’hui sont notamment dus à un manque de conscience et de compréhension des modèles architecturaux traditionnels. A Pondichéry, c’est l’INTACH qui est l’un des membres les plus actifs pour inciter les pouvoirs publics à soutenir des projets et responsabiliser les habitants sur le sujet de la préservation du patrimoine. De grands axes de travail ont ainsi été développés, pour établir un état des lieux de ce qu’il était nécessaire de protéger d’une part, et initier une politique de protection du patrimoine de l’autre :

• Inventaire de 1988 à aujourd’hui des constructions appartenant au patrimoine de la vieille ville et classification de celles-ci selon 4 catégories;
• Mise en place d’une charte graphique, de documentation et d’exposition ou de séminaires visant à éduquer et sensibiliser le public;
• Développement d’un fond de soutien et mise en place d’une politique de subventions ou de pénalités pour les propriétaires;
• Elaboration de projets de lois visant à interdire la démolition, à obliger à suivre un modèle traditionnel pour les restaurations et pour les nouvelles constructions (couleurs, types de façades);
• Réhabilitation de résidences comme l’ancien bureau départemental qui a été transformé en un prestigieux hôtel : « l’Hôtel de l’Orient »;
• Mise en place de parcours pédestres sur le thème des « visites du patrimoine » ;
• Développement d’une vraie politique signalétique de la zone historique qui soit plus efficace et plus élégante.

Les amis du Patrimoine Pondichérien


Les Amis du Patrimoine Pondichérien (APP) est une association de personnes françaises, européennes et indiennes désirant unir leurs efforts pour protéger et restaurer le patrimoine architectural unique, constitué par les anciennes maisons françaises et tamoules de Pondichéry, et plus largement, de tous les édifices du sous-continent indien où s’est inscrite, au fil de l’histoire, la présence française. Ce patrimoine est aujourd'hui gravement menacé alors qu’il demeure le témoin d’une collaboration ancienne et très étroite entre la France et l’Inde.

Les Amis du Patrimoine Pondichérien, dont le Président et fondateur est Charles-Hubert de Brantes, disposent de bureaux à Paris et Pondichéry, d’experts tant sur l’histoire de la présence française en Inde que sur toutes les réalisations architecturales ou culturelles qui ont permis l’expression d’une culture devenue mixte.

Ils établissent des liens avec tout autre groupement français, indien ou autre, s’inscrivant autour d’objectifs analogues aux leurs. En particulier avec : l'AFUI (Association France-Union Indienne), les Amis de Jaipur, le CIDIF (Centre d'Information et de Documentation de l'Inde francophone), l'Ecole Française d'Extrême-Orient, l'Institut Français d'Indologie, l'INTACH (Indian National Trust for Art and Cultural Heritage), la Société d'Histoire de Pondichéry, les Vieilles Maisons Françaises, et beaucoup d’autres tant en France qu’à l’étranger...

Les buts de l'Association


Fondée en 1995, Les Amis du Patrimoine Pondichérien ont pour but de : Protéger et restaurer les anciennes maisons du centre historique de Pondichéry,
Soutenir toute initiative publique ou privée qui respecte cet environnement,
Rassembler tous ceux qui souhaitent participer à la sauvegarde et au rayonnement de l'héritage français en Inde.
Après la première assemblée des Amis du Patrimoine Pondichérien en 1995, une charte sur la protection et la restauration du patrimoine architectural et urbain de Pondichéry a été rédigée en français et en anglais, puis distribuée auprès du public et des autorités indiennes et françaises.
Cette charte a reçu le soutien de l'Ecole Française d'Extrême-Orient (Mme Françoise L'Hernault) et de l'INTACH (Indian National Trust for Art and Cultural Heritage).
De 1996 à 2004, neuf Prix annuels du Patrimoine ont été décernés à Pondichéry pour encourager la protection et la restauration de la cité franco-tamoule. Cette initiative a permis de sensibiliser tous les acteurs concernés directement ou indirectement par la préservation de nos racines communes. A commencer par les propriétaires de maisons anciennes, les autorités publiques et le grand public et grâce à l’organisation d’importantes manifestations lors de la remise des prix à leurs lauréats :
A Paris, dans le cadre de l'Assemblée Générale des Vieilles Maisons Françaises, A Pondichéry, sous la Présidence du Dr Nallam, (Président de l'association en Inde) et/ou de M. Charles-Hubert de Brantes (Président de l' association en France), évènements largement relayés par les media locaux (presse et TV).
Fort de ces réalisations, et avec le soutien d'un puissant réseau d’experts et de sympathisants, Les amis du patrimoine Pondichérien ont établi des échanges entre historiens, universitaires, ambassades/ministères, acteurs économiques, donateurs, associations (françaises, indiennes, autres…). Le tout, destiné à favoriser l’émergence de projets communs et d’échanges autour de thématiques tout aussi communes : la sauvegarde de nos racines.

Vous trouverez dans la partie interview, un entretien que j'ai eu avec son président, Monsieur Charles Hubert de Brantes.

Les chantiers et réalisations de l'Association


Dès 1995, la première action concrète de l'association fut, la restauration de la grille en fer forgé du kiosque à musique dans le jardin central de Pondichéry, avec l'aide du Rotary Club. Mais d'autres chantiers sont en projet.
La Restauration du Foyer du Soldat à Pondichéry, la restauration de l'Eglise Notre Dame des Anges, la restauraution du Lycée Français de Pondichéry, du cimetière chrétien etc... (voir ci-joint la lettre d'information de l'association datée de juin 2009).

La restauration de l'Eglise Notre Dame des Anges

L'architecture de Pondichéry et sa préservation

L’église Notre-Dame des Anges a été construite en 1855 par l’ingénieur Louis Guerre, ancêtre de plusieurs membres des APP. Avec sa belle couleur « rose napolitain »,cette église s’élève face à la Baie du Bengale. Bien entretenue par les paroissiens et le père Dussaigne, prédécesseur de l’actuel curé, le Père Michael John, elle mérite aujourd’hui une nouvelle restauration pour assurer la sécurité de ses fidèles et surmonter les détérioriation dues aux moussons. Le père Michael John, en accord avec l’archevêque de Pondichéry, a demandé à l'Association de l’aider à préparer le projet. Cette dernière lui a fait rencontrer deux entrepreneurs qualifiés dans ce genre de restaurations anciennes, qui ont fourni plans et devis. L’ensemble des travaux représentera environ 50 000 €, dont une partie a déjà été rassemblée. Une souscription a été lancée début juin 2009 a déjà permis de débuter les travaux : l’étanchéité des toitures, de nouvelles fenêtres, etc.
D’autres partenaires vont devoir être sollicités, c'est pourquoi Couleur Indienne s'associe avec les amis du Patrimoine Pondichérien pour lancer une souscription afin de récolter des fonds supplémentaires pour achever les travaux de l'église. Vous la trouverez en pièce jointe ainsi qu'une note sur le budget de cette restauration

Merci de répondre nombreux à cette requête qui permettra de préserver un des joyaux de notre architecture française à l'étranger....

lettre_info_juin_2009.pdf lettre_info_juin_2009.pdf  (45.21 Ko)
budget_restauration__2_.pdf budget restauration (2).pdf  (727.56 Ko)
notre_dame_des_anges___lettre_de_souscription_2010_pdf.doc Notre-Dame des Anges - Lettre de souscription 2010..  (408 Ko)


Dimanche 6 Décembre 2009
Fabienne-Shanti DESJARDINS

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