La femme Indienne héroïne aussi dans la vie réelle ?

Les vraies femmes Indiennes sont pour moi des héroïnes courageuses, et non pas les images glamour et aseptisées présentées dans les films bollywood.

En effet, Il y a des femmes révolutionnaires qui se sont battues pour leur statut comme Poolan Devi cette femme qui est devenue hors la loi pour combattre l'oppression masculine...et puis les femmes politiques comme Indira Gandhi et bien d'autres..Et puis il y a ces femmes toutes simples qui ont décidé un jour de se battre pour améliorer leur condition et la vie de leurs concitoyens en Inde. En voici quelques exemples.

Mais aujourd'hui les femmes indiennes, qui sont-elles ?

Même si elles s'occidentalisent dans les grandes villes, elles portent en majorité le sari comme premier élément féminin, elles portent aussi dans certaines régions 16 bijoux différents en fonction de leur statut de femme célibataire ou mariée et cela dans toutes les castes sociales (boucles d'oreilles, boucle de nez, collier au cou, collier aux chevilles, bracelets au poignet ou sur le bras, bague au doigt de la main, bague au doigt de pied, bijou sur le front etc..)

Aujourd'hui le système de castes encore utilisé à mauvais escient par le pouvoir et la politique fige encore l'évolution de la femme. Aujourd'hui elles travaillent encore en sari sur les chantiers d'autoroute ou de la construction à porter des tonnes de mortier sur la tête. Aujourd'hui les parents choisissent encore les époux et épouses de leurs enfants. Aujourd’hui les jeunes femmes pleurent encore leur sort au moment du mariage forcé qui les mènera chez une belle-mère acariâtre ayant subi elle-même le même sort...Mais tout cela change doucement et irréversiblement en fonction des régions...Dans certaines régions 40% des femmes font des études et c'est le début de la révolution féminine, car même si ces femmes vivent encore dans le principe spirituel, elles commencent à se défaire des dogmes religieux qui les emprisonnent, elles étudient, s'intéressent au monde, parle parfois dans les milieux plus éduqués un anglais impeccable, apprennent le commerce, la loi, la médecine...et choisissent leur mari envers et contre leurs parents qui souvent les répudient...Ces femmes-là ont beaucoup de courage et c'est à ce courage là que je voudrais rendre hommage...Du courage, elles en ont encore besoin car rien n'est encore joué, il y a encore pour elles tant de combats à gagner !!!. Voici quelques initiatives récentes qui montrent la détermination de ces femmes à se battre pour leurs droits.



Les culottes roses contre les intégristes hindous


Il faut parfois user d’intelligence pour contrer la brutalité des intégristes religieux qui entendent modifier les mœurs de leurs concitoyens en bafouant toute liberté individuelle. En Inde où la fracture sociale et culturelle ne cesse de s’accroitre, les conflits entre communautés vont grandissant. Au cœur du pays, dans les zones plus traditionnalistes et surtout plus rurales où la régulation des naissances demeure difficile à imposer, le sentiment religieux n’a pas encore cédé le pas. Bien au contraire, et c’est d’ailleurs ce qui conduit à des affrontements violents avec ces jeunes Indiens qui vivent à l’occidentale et profitent du boom économique des nouvelles technologies pour s’émanciper.

Au grand dam des mouvements religieux, les échanges commerciaux et intellectuels entre l’Inde et l’Occident ont conduit les populations cultivées à pratiquer la Saint-Valentin. Simple fête commerciale dans la plupart des pays, le V-Day (Valentine-Day) constitue un moyen de se libérer du poids des traditions séculaires. Mais les extrémistes n’ont pas perçu d’un très bon œil cette libéralisation des mœurs qui conduit de surcroît les femmes à s’affranchir de la vie traditionnelle familiale pour vivre une vie de célibataire autonome grâce au travail. Ainsi, des Hindouistes fanatiques appartenant au groupe du Sri Ram Sena (SRS) ont pris récemment à partie des femmes qui buvaient dans un bar avant de les brutaliser. Après ce brillant fait d’armes, le groupe extrémiste menaça de s’en prendre à tous ceux qui fêteraient la Saint-Valentin.

Mais la réaction de la jeunesse Hi-Tech en Inde ne s’est pas fait attendre, puisqu’à l’aide du réseau Facebook, elle a mobilisé un nombre incroyable de personnes pour envoyer au siège du mouvement religieux des milliers de petites culottes roses. L’initiative a pris une telle ampleur qu’un site Internet relaie désormais l’actualité de la nouvelle association de défense pour le « Pubgoing loose and forward Women » afin de combattre par le biais des réseaux informatiques ces religieux qui veulent marier de force toutes les jeunes Indiennes et leur interdire le droit de choisir leur conjoint.

La révolte des femmes en saris roses

La femme Indienne héroïne aussi dans la vie réelle ?

Une autre initiative des femmes Indiennes pour se libérer des injustices qui les touchent. Vous avez sans doute entendu parler de ce groupe étonnant : le gang des saris roses.

Elle s'appelle Sampat Pal Devi. Elle est indienne et habite la province la plus pauvre de l'état le plus démuni qui soit en Inde : l'Uttar Pradesh. Elle a 47 ans, a été mariée de force dès l'âge de 9 ans et est mère de cinq enfants.

Sampat Pal Devi est la fondatrice d'un groupe de femmes surnommés les " Gulabis ", du nom de la couleur rose particulière de leurs saris qu'elles portent en signe de ralliement. On les connaît aussi sous le nom de "Gang des Saris Roses" ou " Pink Gang" .

Elle est en passe de devenir une héroïne à la Phoolan Devi .

Mais l'action de Sampat Pal Devi ne conduit pas à la mort comme on pouvait le reprocher à Phoolan Devi, même si elle utilise une certaine forme de violence inédite pour les femmes indiennes.

Témoignage de Sampat Pal Devi :
" Personne ne vient à notre secours, ici. Les fonctionnaires et la police sont corrompus et hostiles aux pauvres. Aussi sommes-nous parfois obligées de faire respecter la loi par nous-mêmes. Nous sommes une bande de justicières, pas un gang...

Nous avons empêché que les femmes soient violées et nous avons envoyé les filles à l’école. La violence contre des femmes et le viol sont très communs ici, aussi, nous essayons de les éduquer pour qu’elles connaissent leurs droits...
Dans les cas de violence domestique, nous allons parler au mari pour lui expliquer qu’il a tort. S’il refuse d’écouter, nous faisons sortir la femme et alors nous le battons. Au besoin, nous le battons en public pour l’embarrasser.Les hommes ont l’habitude de croire que les lois ne s’appliquent pas à eux, mais nous faisons le forcing pour que ça change totalement...
L’année dernière, après avoir reçu des plaintes parce qu’un magasin d’état ne donnait pas la nourriture qu’il était sensé distribuer gratuitement aux pauvres, le gang a commencé à surveiller le propriétaire et son fils.
Une nuit, on a vu deux camions chargés de grain sur le chemin du marché, où le propriétaire du magasin prévoyait de le vendre et d’empocher les bénéfices...
Le Pink Gang a fait pression sur l’administration locale pour qu’elle saisisse le grain et s’est assuré ainsi que le grain soit correctement distribué."

Si elles étaient au début une dizaine, puis une centaine les "Gulabis" ont fait des émules dans tout l'état, et même dans le pays.

Elles seraient en passe d'être près de 20 000.

Elles représentes une "Résistance collective d'un groupe" qui affirme :

" Nous ne sommes pas contre les hommes.
Nous sommes pour l’égalité des droits pour tout le monde et contre ceux qui la refusent. "

Et comment ne pas penser que c'est ainsi que les choses peuvent changer ?

La liste de ses succès a fait le tour de la localité et des alentours. Et personne ne songe à rire lorsque l’on parle du Gulabi gang. Au contraire, le gang a su forcer l’admiration : « Grâce à lui, nous avons désormais un bout de route goudronnée », se félicite un riverain non loin de la permanence du gang. Pourtant, Sampat voudrait faire plus : « Avec le dixième du budget de l’Etat dans ce district, je pourrais faire dix fois plus que ce qui est réalisé aujourd’hui. » Le groupe ne reçoit aucun financement autre que les maigres cotisations de ses membres et, parfois, des dons. Sampat montre ses chaussettes trouées, ses semelles percées : « Si on nous donnait un peu d’argent, je créerais des écoles plutôt que de remplacer mes vieilles chaussures ! »

Aux confins de l’Etat, l’administration indienne se montre souvent défaillante ou inexistante. Les routes goudronnées disparaissent et font place à des sentes en terre battue. Les aides destinées aux familles en difficulté, les rations de riz, s’égarent avant de parvenir à ceux qui en ont besoin. En outre, dans ce district, le taux d’alphabétisation compte parmi les plus bas du pays, la moitié des hommes et plus du trois quart des femmes ne savent pas lire ; ils sont absolument démunis face une administration qui abuse de son pouvoir. Bien qu’elle ait fait de l’enseignement et de l’alphabétisation une de ses priorités, Sampat Pat ne pourra pas suppléer seule les carences de l’Etat. En revanche, elle a réveillé les consciences, mis en lumière les inégalités de la société indienne et les dysfonctionnements de l’Etat. Son destin exemplaire pourrait susciter des nouvelles vocations de justicier.

Une très grande avancée politique : une intouchable à la tête du Parlement indien

La femme Indienne héroïne aussi dans la vie réelle ?

Une autre femme est à mettre à l'honneur, et à double titre, cette année 2009, c'est tout récent. Il s'agit de Meira KUMAR, 1ère présidente "intouchable" du Parlement Indien. Cette belle femme de 64 ans, unique candidate, a été désignée le 3 juin 2009 à ce poste par la chambre basse du Parlement, l’Assemblée du peuple, qui vient d’être élue au terme des législatives d’avril-mai triomphalement remportées par le Parti du Congrès du Premier ministre Manmohan Singh.

Membre de la communauté des «dalits» ( terme courant en Inde pour désigner les intouchables et qui signifie «les opprimés»), Kumar a été cinq fois députée et est une diplomate de carrière entrée en politique en 1985. Lors du scrutin législatif tenu du 16 avril au 13 mai, elle a été réélue dans sa circonscription de l’Etat pauvre du Bihar.

Une fois désignée présidente («speaker») du Parlement, Kumar a salué ce «moment historique» pour l’Inde et ce «moment écrasant» pour elle-même.

Une fois désignée présidente («speaker») du Parlement, Kumar a salué ce «moment historique» pour l’Inde et ce «moment écrasant» pour elle-même.

La «plus grande démocratie du monde» a déjà eu un président de la République «intouchable», K.R. Narayanan, et l’Etat le plus peuplé du pays, l’Uttar Pradesh, est dirigé par la chef du Bahujan Samaj Party (BSP, le Parti de la société dalit), Mayawati Kumari, qui rêve de devenir un jour Premier ministre.

Les Indiens «dalits» -considérés comme des citoyens «hors castes» ou appartenant aux castes les plus basses- sont 165 millions sur 1,17 milliard d’habitants et se plaignent d’obstacles sur le marché du travail, du logement ou pour l’éducation.

Violences et vexations sont fréquentes contre les hindous de castes inférieures bien que les textes proscrivent toute discrimination fondée sur l’appartenance à une caste. L’«intouchabilité» a été formellement abolie dans la Constitution indienne du 26 janvier 1950, mais l’ONU avait jugé en 2007 que «de facto, la ségrégation persistait».

Mayawati, une impératrice des Intouchables très controversée


Le cas de Mayawati est plus paradoxal .

Les partis politiques traditionnels n’ont pas accueilli avec beaucoup de joie l’irruption de cette nouvelle politicienne sur la scène indienne. Pour la troisième fois consécutive, Mayawati Kumari a été élue à la tête de l’un des plus vastes Etats de l’Union indienne, l’Uttar Pradesh. Un séisme d’autant plus violent que l’élue est issue de la caste la plus basse, celle des dalits, les intouchables. Les très nombreux dalits qui composent la population de l’Etat ont soutenu massivement sa candidature. Son programme de promesses aux plus démunis a séduit. Et désormais ses ambitions politiques franchissent les frontières de l’Etat. La princesse des dalits veut conquérir le pays tout entier, on lui propose des alliances, mais au faîte de sa gloire, elle prétend désormais amener les intouchables à la tête de l’Inde sans l’aide de personne. On connait à présent le résultat des élections et la victoire du parti du Congrès, et donc l'échec de Mayawati dans la réalisation de ses ambitions politiques.

La région du sud de l’Uttar Pradesh, le Bundelkhand, cumule misère, absence d’infrastructures, calamités climatiques. Les castes les plus basses et les populations tribales constituent une part importante des habitants de la région. Et la base de l’électorat de Mayawati.

Mais depuis son élection la situation ne s’est pas améliorée. Ni pour les femmes, les plus touchées par la misère, ni pour les dalits en général. Les pauvres se sont appauvris, une sécheresse sans précédent a conduit les fermiers de la région au pire désespoir. Le bétail a disparu, les plantes ont crevé, la terre a brûlé. Les puits ont pour la plupart versé leurs dernières larmes. L’Etat n’a pas su alléger les souffrances des désespérés, les quelques mesures compensatoires décidées l’ont été trop tard, et surtout se montrent insuffisantes.

Dans un bourg du district de Chitrakoot, au coeur du Bundelkhand, le comité des femmes intouchables organise sa réunion. Elles ont unis leurs forces et s’aident mutuellement. Elles versent chaque mois une petite somme d’argent qui leur permet ensuite d’envisager des projets de développement commun. Du gouvernement, elles n’attendent pas grand-chose : « Nous avons voté pour Mayawati il y a deux ans, et depuis nous suivons ses progrès électoraux, mais ici, quel que soit le parti au pouvoir, nous ne voyons rien changer. » Elles ne baissent pas les bras pour autant et ont décidé de prendre en mains les destinées de la communauté. « Nous ne devons compter que sur nous-même pour améliorer notre sort. Officiellement, nous ne sommes plus discriminés, mais dans les faits c’est tout différent, on nous maintient à l’écart des instances du pouvoir, des postes gouvernementaux, la loi est de notre côté mais la misère aussi. »

Mayawati ne manque aucune occasion pour rappeler qu’elle appartient à la communauté des dalits et que, pour cette raison, elle peut mieux que les autres politiciens défendre leurs intérêts. Pour son anniversaire, elle organise chaque année une immense collecte, les dons arrivent de tout le pays, des rivières d’argent coulent vers son compte en banque. Elle serait la femme la plus riche d’Inde, et les allégations de corruption courent ; elle dément en expliquant que ses supporters ont tant d’affection pour elle qu’ils sont prêts à emprunter de l’argent pour lui rendre la vie dorée, quel succès ! Mais en termes de réalisations politiques, il y a loin de la coupe aux lèvres.

Selon les statistiques nationales, dans l’Uttar Pradesh, les intouchables constituent 21% de la population, parmi lesquels le taux d’alphabétisation est de 60% pour les hommes et de 30% pour les femmes ; beaucoup moins bien que la moyenne nationale qui donne pour les intouchables un taux de 66% d’alphabétisation pour les hommes et de 42% pour les femmes. Mayawati ne peut plus fermer les yeux sur la réalité : durant ses mandats successifs, elle n’a pas répondu aux attentes des plus pauvres.

Lundi 1 Juin 2009
Fabienne-Shanti DESJARDINS

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