Le concert de Susheela RAMAN à Paris, le 26 juin 2009, au Théâtre des Bouffes du Nord

Née à Londres en 1973 de parents tamouls, Susheela Raman grandit en Australie. Son père et sa mère, tous deux mélomanes, lui transmettent leur passion pour la musique de leur pays d'origine. A l'adolescence, la chanteuse découvre les charmes du blues, du rock et de la soul. Ce mélange de genres forme l’identité musicale de Susheela. En 1997, elle part s’installer à Londres. Elle y rencontre Sam Mills, guitariste et producteur. Ensemble, ils produisent Salt Rain, le premier album de la jeune femme, dans les bacs en 2001. Deux ans plus tard, elle sort l'opus Love Trap. Son troisième album débarque en 2005 et s'intitule Music for Crocodiles. En 2007, elle sort son quatrième album, 33 1/3.
Susheela Raman rend très attirantes des musiques dont l'intitulé pourrait pourtant intimider le néophyte : répertoire carnatique, musique hindoustanie, chant dévotionnel, mystique. Mais l'artiste n'est pas une chanteuse traditionnelle, la fusion lui est naturelle. Entre ses origines indiennes et ses jeunes années de rockeuse en Australie, Susheela l'envoûtante a su inventer une étonnante grammaire que son public parisien, il y a deux jours a su apprécier avec grand enthousiasme. Quelques films réalisés en direct par mon amie Sylvie qui m'a accompagnée à ce concert illustre cet article, pour vous donner une petite idée de ce que nous avons vécu en allant voir ce concert. Merci Sylvie de ta collaboration.



Un lieu magique



Le beau théâtre des Bouffes du Nord était le cadre idéal pour favorise l'intimité et la communion entre cette magnifique artiste et le public !

Ce lieu a quelque chose de mythique, d'ancestral, de dramatique, de vivant, de fétiche, comme le sont aussi quelque part les chansons de Susheela RAMAN.

C’est un lieu dans lequel j’allais pour la première fois et qui est pour moi l'un des plus beaux théâtres de Paris. L'escalier branlant ceinturé de murs verts sombres, une salle qui croule sous la poussière, grince, et multiplie les zones d'ombres rend curieux : on s'attarde sur les détails, s'amuse devant les fissures et notre esprit vagabonde sur les rampes de fer et les colonnes à la recherche d'un passé où des spectacteurs étaient assis là au siècle précédent assistant à des évènements passés ici.

Le théâtre c'est le lieu en lui-même et ce que notre imagination y fait jouer, soutenue par cette fade lumière qui empêche toutes les photos, mais qui donne une ambiance unique. La scène au niveau même des spectateurs prouve l'immersion totale de ces derniers, ici en l’occurrence de la chanteuse et de ces musiciens si proche de nous… la hauteur du cylindre et l'arrière-scène (derrière la voûte qui a un je ne sais quoi d'oriental) fragmente tout de même deux univers : l'un rétro et l'autre se prêtant à tous les âges.

Un concert plein d'émotions et de chaleur



Idéal pour jouer une tragédie classique, les Bouffes du Nord, avec sa coupole au plafond, est idéale aussi pour la rencontre entre les différents mondes musicaux que nous propose Susheela et ses musiciens, idéale pour les déclinaisons colorées de la voix envoûtante de la chanteuse, idéale pour un voyage dans une Inde personnalisée, intérieure, aux sonorités occidentales et vice-versa, une fusion totale entre tous ces univers et le public avide de recevoir ces bribes d’émotions, de générosité, de complicité que privilégie la scène du théâtre et que Susheela semble affectionner : une complicité avec le public à qui elle demande à la fin du show quelle chanson ils veulent entendre, à qui elle répond avec humour quand on l'interpelle sur une autre chanson, à qui elle envoie des éclats de rire aussi, mais aussi une étroite complicité avec ses musiciens, à qui elle fait un signe pour qu'ils interviennent.

Voilà un théâtre d'atmosphère. Une salle à l'ancienne, circulaire; une scène de plain pied, très centrale. Des murs lépreux, que l'on peut voir, à son goût, délabrés ou antiques. Une salle pleine d'atmosphère qui se prête particulièrement bien à la présence de Susheela et des échanges qu'elle aura avec nous à travers ce concert live. D'ailleurs Susheela, en début de concert soulignait le côté étonnant de ce théâtre dont elle était fière de fouler lesplanches.

Ce soir là, je suis allée au concert avec mon amie Sylvie, nous étions installées toutes les deux, comme tout le public (qui n'avait pas choisi les places au balcon), très près de la scène et des artistes qu'elle accueillait.

Il y avait d'abord une bonne dose de brouillard, et puis un peu d’attente, comme pour susciter encore plus notre envie, et finalement l'ovation. 3 musiciens qui prennent place, avant que Susheela nous livre un concert en toute intimité. Le temps s’écoule, rapide et les chansons, les mélodies, les rythmes et les émotions pleuvent, et nous entrainent, nous spectacteurs dans les voyages musicaux du groupe véhiculée par la voix chaude et la beauté de Susheela.
Intimiste, elle est là, presque entre nous, parmi nous. Elle se donne et nous ne la quittons pas des yeux. Mention spéciale à son musicien Kumar Raghunattan , violoniste, choriste, à la voix envôutante d’un autre âge aux talents si multiples, au percussionniste Aref Durvesh et au toujours impeccable Sam Mills à la guitare, compagnon à la ville de la belle Susheela, producteur et arrangeur de ses musiques. Au moment du final, un rappel en hommage à Mickaël Jackson, décédé la veille (avec une belle interprétation par Susheela de Billie Jean avec Kumar Raghunattan) et encore un peu plus d’émotion. Susheela, c'est d'abord une voix douce et suave. Ajoutez à cela des mélodies entre l'Inde et la pop anglaise, sous un rythme sensuel et une âme indienne,une âme "volatile" comme elle le chante en français dans un de ses albums.... Nous avons pu ainsi savourer cette chanteuse exceptionnelle, tranquillement installées Sylvie et moi et le reste du public, prêt à partir pour un périple dépaysant et délicieux.

Ce que j'aime en cette artiste, c'est qu'elle sait mêler ses origines à son présent, ses racines à son quotidien, les rythmes et les sonorités orientales et occidentales, l'Afrique, l'Inde, le rock, le blues, le jazz en étant toujours elle-même, en marquant toujours son empreinte. Le sourire de ses yeux accompagne une voix suave et troublante. Il est indéniable que Susheela a du charisme, j'ai même lu quelque part qu'elle est « karismatique », ça lui va très bien. Ce soir elle fut magnétique, chaleureuse, féline, sensuelle, proche, vraie, carnatique. Carnatique car ce qui m'a touchée aussi ce sont les nombreuses interprétations de titres, jazz, blues, rock en tamoul et de parfois d'une manière très "carnatique", et puis les ragas sublimes de la voix puissante d'Aref qui l'accompagnait...et puis le reste des musiciens, impeccables. Une des chansons tamoules qu'elle a interprétée, une toute nouvelle, intitulée "Pal" (lait), m' a particulièrement touchée, car elle évoque les mères et leurs filles, enfin c'est ce que j'ai compris et j'ai pensé à maman. A la fin il était difficile de les quitter tous, tant nous étions tous conquis, charmés et émus, scotchés par tant de puissance, de talent, et d'émotions, de simplicité, c'était comme quitter des amis à la fin d'une soirée en toute intimité. Merci Susheela.



Dimanche 28 Juin 2009
Fabienne-Shanti DESJARDINS

Coup de coeur artistique


Inscription à la newsletter



Partager ce site