Un numéro hivernal plein de couleurs

« Pondichery, dont jadis Dupleix a fait "la reine de l'Orient", végète sous le soleil tropical, balayé par la mousson, face à cette mer houleuse du Golf du Bengale, où le Bailli de Suffren a tant de fois défié la flotte anglaise.../
... Dans ses rues droites et poussiéreuses à la dure clarté du soleil, dans ses avenues ombragées, également désertes et bordées de hauts murs de pierre grise, le silence m'accable et me déprime. Seul le bruit de mes pas résonne sur les trottoirs usés et m'inspire une vague inquiétude. Par les grilles entr 'ouvertes j'aperçois de vieux jardins envahis par une végétation sauvage et luxuriante qui pousse à l'ombre des grandes arbres aux fleurs jaunes, rouges et mauves. Des maisons basses de structure solide et d 'aspect patricien paraissent derrière le feuillage touffu qui les cache à moitié (...)

Qui peut bien les habiter encore ces maisons ? Derrière ces persiennes toujours closes, dans des Salons Empire, de très vieilles personnes aux façons ancien régime doivent y faire ménage avec des mémoires. .../
... Dans le brouhaha général on distingue la voix des marchands, qui, accroupis sur leurs étalages, interpellent les passants (...)
Douglas Taylor©De Lanka à Pondichéry




Bord de mer avec la statue de Gandhi au fond
Bord de mer avec la statue de Gandhi au fond
Pondichéry, ce nom est presque un poème, un refrain dans ma mémoire. Je n’y ai jamais vécu mais ma famille y a ses racines…Cet ancien comptoir français en Inde a une histoire assez mouvementée. Juste après sa fondation par les Français, en 1674, ce petit joyau situé dans le golfe du Bengale est tombé entre les mains des Hollandais. La France réussit à le récupérer en 1815 mais la ville a été ensuite pillée et détruite par les Anglais.
Bien que la ville ait été ensuite reconstruite par ses fondateurs, elle avait perdu définitivement son statut d'antan, ne représentant qu’une escale sur la route de l’Indochine Française. Ainsi même après sa restitution à l’Inde en 1956, “Pondy”, comme on la surnomme affectueusement, a végété, s’est laissée vivre… n’avançant pas au même rythme que le reste du pays.
En fait, il faut le reconnaître, pendant la plus grande partie de son histoire, Pondichéry la ville blanche, a été une ville endormie, vieillissante, mais sympathique et chaleureuse en même temps.


Aujourd’hui depuis plusieurs années le sommeil de la ville n’est plus d’actualité. En effet, Puducherry, comme elle est officiellement baptisée depuis 2006 (mais on utilise rarement ce nom, les amoureux de la ville, les nostalgiques comme moi ont du mal à prononcer ce nouveau nom), exploite une version plus attrayante de son histoire. Elle retrouve ses ambiances et ses liens avec la France tout en ne reniant pas son indianité… Ainsi Pondichéry retrouve des accents français, avec sa manière de manger, de boire, de faire des achats et de se détendre…tout en restant dans des dimensions culturelles très Indiennes. C’est l’Inde tout en ne l’étant pas complètement… Une Inde couleur Française ou une France couleur Indienne…


Une ville entre deux, pourtant toute petite, située sur la côte Sud est de la Peninsule Indienne. Une toute petite ville . Elle compte à peine 1 million d’habitants, dont la majorité vivent dans des immeubles en béton de trois ou quatre étages totalement sans aucun charme, sans aucune âme, comme on en voit dans les régions les plus pauvres d’Asie.


Pourtant, lorsqu’on se rapproche du golfe, le paysage architectural de la ville se métamorphose. On voit apparaître alors des toits de tuiles et des volets en bois, des balcons colorés, des colonnades, de larges rues pavées et des églises catholiques aux couleurs pastel, comme la cathédrale, ou l’Eglise rose presque face à la mer au joli nom de « Notre Dame des Anges ». Ce bel édifice, fleuron de l’architecture française, a besoin de se faire une nouvelle jeunesse comme la ville qui retrouve ses parfums et ses atmosphères d’antan…


Cette partie de la ville constitue ce que l’on appelle l’ancienne “ville blanche”, où vivaient auparavant les colons. Ici, sous une apparence de tranquillité très peu Indienne, Pondichéry est en train d’exploser. En moins d’une décennie, la branche locale du Fonds national indien pour le patrimoine artistique et culturel a œuvré à la restauration de plusieurs dizaines d’édifices historiques – des maisons de particuliers, mais aussi d’anciennes résidences de gouverneurs.
Près de ce quartier, il y a la rue Montorsier, le quartier « historique » de la famille de ma mère, les Francine, où se trouve la maison que mes parents ont construite en hommage à cette histoire familiale. On n’est plus tout à fait dans la ville blanche, mais sa proximité lui donne quasiment le même statut.

Nous sommes dans une autre ville, un autre monde presque hors du temps…auréolé d’un silence presque miraculeux, car surprenant en Inde.
Quand je suis dans la maison rue Montorsier, je n’entends pas le bruits de voitures, ni les klaxons, le silence envahit la maison et je peux dormir tranquille.
De ce côté de la ville, la paix et la sérénité se sont imposées… Pas loin sur la promenade du front de mer, des couples et des familles – une majorité d’Indiens et une poignée de touristes français – se baladent le long d’une plage trop rocheuse pour pouvoir s’y baigner, passant devant l’hôtel de ville et la grande statue de Gandhi.

C’est parce que j’aime cette ville, que Couleur Indienne, dans ce numéro d’hiver, a décidé de s’associer à la belle initiative de l’Association des Amis du Patrimoine Pondichérien de restaurer les immeubles historiques qui font son identité. Une souscription a été lancée pour que ceux qui comme son président Monsieur Charles-Hubert de Brantes (interviewé dans ce numéro) et d’autres sont attachés à cette ville si particulière de l’Inde puissent contribuer à la restauration de « Notre Dame des Anges » (lire l’article sur l’Architecture de Pondichéry).
Je vous propose aussi de découvrir une autre personnalité hors du commun, RAJAGOPAL, fondateur et leader du mouvement « Ekta Parishad », qui m’a accordé un entretien exceptionnel.
Vous trouverez aussi mes coups de cœurs littéraires, avec notamment une présentation des Lettres de Shandili, de notre ami Philippe PRATX, que j’ai aussi interviewé.

Avant de conclure, sachez que vous pourrez trouver des articles de Couleur Indienne dans le numéro 2 de la Nouvelle Revue de l'Inde (Editions L'Harmattan)

Permettez-moi avant de vous laisser découvrir ces nouvelles pages, de vous souhaiter d’excellentes fêtes de fin d’année.

En toute Couleur Indienne.

Dimanche 6 Décembre 2009
Fabienne-Shanti DESJARDINS

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