Le viol des femmes en Inde

Le viol collectif et sauvage d'une jeune étudiante de 23 ans a déclenché une vague d’indignation et de manifestations en Inde mais au-delà de l'émotion, ce crime devrait pousser à une réflexion sur l’état de la société et de ses institutions et a et pris en défaut un pouvoir et une classe politique accusés d'indifférence face aux violences faites aux femmes



Des viols en série qui choquent l'opinion Indienne et la population mondiale.

Le viol des femmes en Inde

A l'annonce de ce décès, on voit écrit partout "Nous ne voulons pas de vos condoléances. Nous voulons des lois contre contre les violences sexuelles". Des manifestations ont été organisées à Calcutta et à Mumbai. Cette affaire suscite également beaucoup de réflexions sur l'état de la société indienne dans les médias.
 

L'an passé en Inde, un viol était signalé toutes les 20 minutes mais seules 26% des affaires portées en justice débouchaient sur une condamnation des agresseurs, selon les chiffres du bureau national des statistiques criminelles.
Au total, 24.206 plaintes pour viol ont été enregistrées en 2011 et 22.141 l'année précédente, chiffres qui ne prennent pas en compte les actes d'agression non signalés aux autorités. Delhi, plus de 16 millions d’habitants, détient le triste record du nombre de viols dans les grandes villes, 635 officiellement depuis le début de l'année 2012.

Face à ce crime médiatisé perpétré sur cette jeune étudiante, des voix s'élèvent chez les politiques comme dans la société civile pour appeler à la pendaison des violeurs, à leur castration chimique ou leur lapidation. Mais ce que montrent les faits c'est que les condamnations pour viols sont rares et, à Delhi, sur les 635 viols enregistrés cette année seulement un seul a mené à une condamnation, c'est scandaleusement très peu. Le cercle vicieux se referme avec un système policier en lequel elles n'ont pas confiance et pour cause : la National commission for women dénonce le harcèlement subi dans les postes de polices et affirment que 5 % des plaintes qu'elle reçoit concernent des agressions policières.
La jeune femme de 23 ans, agressée le 16 décembre, est décédée des suites de ses blessures à l'hôpital Mount Elizabeth de Singapour où elle avait été évacuée dix jours après les faits.Elle avait auparavant été traitée dans l'unité de soins intensifs de l'hôpital Safdarjung de New Delhi où un magistrat avait pu enregistrer sa déposition avant que son état de santé ne se dégrade rapidement. Les autorités indiennes ont d'abord traité cette agression comme un crime parmi d'autres, ne lui accordant pas d'importance particulière sans présager aucunement des réactions violentes et des manifestations virant à l'émeute de la part de la population.
 



En effet, l''étudiante en médecine, incinérée dimanche  31 décembre lors d'une cérémonie privée et dont l'identité a été maintenue secrète, est devenue un symbole pour dénoncer les abus commis régulièrement contre les femmes dans un pays émergent, considéré comme étant le plus peuplé au monde où elles évoluent dans une société patriarcale, machiste et violente.



L'identification des agresseurs a été possible grâce au témoignage du jeune homme ami de la victime, un ingénieur en informatique de 28 ans, également agressé par les six hommes dans l'autobus et de la déposition de la jeune fille peu temps avant son transfert à l'hôpital de Singapour où elle est décédée le 28 décembre dernier. Ses agresseurs encourent la peine de mort par pendaison mais l'Inde applique rarement les sentences capitales. Les détails de cette agression sauvages sont sordides où 6 hommes se sont déchaînées sur une femme pendant une heure, la violant tour à tour et terminant ce viol par l'introduction d'une barre de fer en elle ce qui a déchiré des organes vitaux provoquant inexorablement le décès de cette femme.

Le premier ministre a reconnu que les violences contre les femmes étaient "un problème" significatif en Inde où près de 90% des 256.329 crimes violents enregistrés en 2011 ont une ou des femmes pour victime(s), selon les chiffres officiels.

Manmohan Singh s'est engagé à mieux protéger les femmes contre les crimes sexuels et a souhaité des peines plus sévères pour leurs auteurs. Il a également ordonné la création d'une commission d'enquête spécialement chargée de cette affaire. Les photos, noms et adresses des violeurs condamnés seront désormais publiés sur des sites internet de l'administration fédérale. La mesure concernera d'abord New Delhi dont l'insécurité lui a valu le surnom de "capitale du viol".

Par ailleurs, davantage de femmes officiers seront recrutées par la police de Delhi.
La police a indiqué le 29 décembre qu'une jeune écolière de 15 ans avait été égorgée après un viol collectif, la veille, dans l'Etat d'Uttar Pradesh. Une autre adolescente indienne de 17 ans, victime d'un viol collectif, s'était suicidée le 27 décembre après qu'un policier eut tenté de la convaincre de retirer sa plainte et d'épouser un de ses violeurs.

Il faut que cela cesse...


L'attitude de la société Indienne vis à vis des femmes

Au delà de l’arme sécuritaire et judiciaire appelé de ses voeux par la population Indienne et au délà des promesses de punitions des coupables, c’est aussi l’attitude de la société vis-à-vis de la femme qui devrait faire réfléchir le pays. En effet, même si l'Inde a été gouvernée pendant plus de 15 ans par Indira Gandhi, fille unique du libérateur Jawaharlal Nehru et depuis près de dix ans,en coulisses, par sa belle fille Sonia Gandhi, ne saurait faire oublier le sort réservé aux millions de femmes Indiennes dans toutes les couches de la société.

Le préjudice commence avant même la naissance, puisque facilité par les examens échographiques l'avortement des fœtus féminins est une pratique illégale mais courante. Selon le dernier recensement de 2011, le ratio entre filles et garçons dans la tranche d’âge de zéro à six ans s’établissait à 914 filles pour 1.000 garçons, le pire chiffre depuis l’Indépendance.

Le garçon est élevé dans l’idée qu’il est supérieur et que la femme est là pour le servir et le satisfaire. Dans les familles pauvres, si la nourriture fait défaut, le garçon est prioritaire sur la fille et idem pour l’éducation.
La dot que doit apporter au mariage la fille est un autre sujet de harcèlement pour les femmes (voir l'article dans la rubrique (société). Le phénomène s’est accru ces dernières années avec l’ouverture économique du pays et sa modernisation qui ont fait naitre des désirs liés à l'argent de plus en plus grands. Près de 10.000 femmes officiellement, beaucoup plus en réalité tant il est parfois difficile de percer la cause d’un décès maquillé, sont tuées chaque année dans des incidents liés à la dot. Ces meurtres touchent particulièrement les classes moyennes émergentes dont les aspirations sont plus grandes.

Plus libres et plus actives que dans le passé, les femmes tentent de surmonter les obstacles qui se dressent à chaque étape de leur vie. Très doucement la société évolue, mais il reste difficile aujourd’hui à une femme, de vivre seul et de façon indépendante. Malheureusement les cris d’indignation poussés par ce viol risquent bien de se perdre dans les méandres de la politique une fois l’émotion retombée.


Mercredi 2 Janvier 2013
Fabienne-Shanti DESJARDINS

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